
Quatrième de couverture, "Le point de vue des éditeurs" :
Un photographe fasciné par les paupières, une spectatrice de scène d'onanisme incongrue, un quidam qui découvre dans un jardin botanique sa vraie nature de cactus, un chasseur d'odeurs qui traque sa Fleur dans les toilettes pour dames..., qu'ils soient monomaniaques, voyeurs ou paranoïaques, tous les personnages ici mis à nu portent l'obscur attrait des conduites déviantes jusqu'au coeur de notre Luna Park ordinaire. Certains tentent d'en guérir, les autres se laissent porter par l'amer plaisir. Tenant fermement son cap dans les eaux troubles du malaise, de l'obscène, de ce que l'on préfère généralement ignorer, l'auteur dévoile dans leur plus déconcertante intimité les âmes tourmentées qui croisent notre route. Dans la grâce équivoque que recèle cette zone grisée, frontière entre la beauté et la laideur, erre souvent le "monstrueux" qui nous habite.

Mue par une pulsion soudaine alors que je déambulais en ville, il n'y a pas si longtemps, j'entre dans une librairie et commence à faire le tour des tables sur lesquelles sont disposées les récentes parutions littéraires.
Méthodiquement, je passe presque tout en revue. Une certaine excitation, comme une fébrile félicité monte en moi. Je suis gourmande et tous ces livres à portée de main et de regard, une fois les lunettes chaussées..., me font l'effet d'autant de pâtisseries alléchantes.
Je dispose de ce temps entre parenthèses - entrer dans une librairie, c'est s'offrir cela pour moi - pour m'approcher, m'éloigner des ouvrages, passer ainsi de l'un à l'autre, en saisir un, feuilleter les premières pages, le retourner dans tous les sens, lire la quatrième de couverture.
A un moment donné, dans ce genre de circonstances, il y a toujours une rencontre qui aboutit.
De loin, une couverture m'attire. Je m'approche. Mes yeux se posent sur le titre : Pétales. Joli !... Me voici interpellée.
Un ouvrage publié chez Actes Sud, une valeur sûre de mon point de vue ; j'ai une inclination certaine pour cette maison d'édition. Forcément, je ne peux empêcher mes doigts d'effleurer, puis de caresser le velouté de la couverture. C'est cela aussi, Actes sud. Je saisis enfin pour de bon le recueil de Guadalupe Nettel et prends connaissance de ce dont il s'agit.
En exergue, une citation d'un certain Julio Ramon Ribeyro : "Êtres imparfaits vivant dans un monde imparfait, nous sommes condamnés à ne jamais connaître que des miettes de bonheur".
Bon ! Ça commence bien...
En dépit du côté peu engageant de cette toute première respiration des effluves de Pétales, je suis sous le charme du titre et de l'illustration de couverture, en plus d'avoir eu la curiosité piquée par "Le point de vue des éditeurs". Je prends l'ouvrage, le paie et le ramène chez-moi.
S'ensuivront quelques heures de lecture savoureuses, de sauts de puce de micro univers singuliers en micro univers aussi déconcertants qu'inattendus.
Voilà bien un voyage original guidé par une écriture juste, précise, toute en suggestions nimbées de poésie ainsi que d'une étrange atmosphère de perplexité.
N.B. : Infos très succinctes sur l'auteure par le biais du site du Salon du Livre de Paris 2009, qui mettait justement à l'honneur cette année les lettres mexicaines.
Et un entretien fort instructif accordé par l'écrivain au journal Le Nouvel Observateur.