
Déroutant, captivant et... poignant.

Synopsis et critique,
par le biais du site des Inrocks :
" On ne connaissait pas grand-chose du travail de Safy Nebbou, entre ses films publicitaires et son premier long métrage, Le Cou de la girafe. C’est donc en spectateur totalement “vierge” que l’on a découvert comme une bonne surprise ce second long, mélange de thriller et de drame social assez efficace. L’empreinte de l’ange du titre, c’est le souvenir d’un enfant disparu dans l’incendie de la maternité où elle venait d’accoucher qui hante Elsa (Catherine Frot), quadragénaire “psychologiquement fragile” comme on dit. Un jour, venant chercher son fils à un goûter d’anniversaire, Elsa croit reconnaître sa fillette disparue en la progéniture de Claire (Sandrine Bonnaire). Dès lors, Elsa va s’ingénier à infiltrer l’univers de Claire par enfants interposés : s’instaure entre les deux femmes une relation malaisante (sic) par son artifice et le motif qui la sous-tend, exacerbée par la différence sociale (Elsa est préparatrice en pharmacie divorcée, Claire est l’épouse d’un cadre supérieur très aisé).
Le cœur vibrant du film, ce qui le fait vraiment fonctionner, c’est évidemment cet affrontement tamisé entre deux mères de famille, qui est aussi un duo remarquable entre deux très grandes actrices. Bonnaire est excellente en femme au foyer aisée, victime non expiatoire et personnage à plusieurs couches, et Frot est tout simplement sensationnelle en femme borderline, à la fois victime et bourreau, très inquiétante et subtilement émouvante. Tout le suspense du film repose aussi sur un principe général d’incertitude :
Elsa est-elle folle ou réellement la mère de la fillette ? Claire est-elle plus opaque que ne l’indique son prénom ?
La mise en scène de Nebbou rehausse habilement ce scénario par la précision contrastée de ses décors, sa progression, son utilisation des espaces, du motif de l’eau, du hors-champ, de la musique, sa dialectique du dehors et du dedans, ses effets de montage.
On peut parfois mettre en doute la crédibilité du postulat central de l’histoire, estimer que le style du réalisateur est trop efficace et fonctionnel ou craindre un plaidoyer pour les liens du sang contre les liens affectifs (crainte finalement non fondée). Mais fidèle à la fameuse leçon hitchockienne sur “nos amis les vraisemblants”, Safy Nebbou parvient à nous embarquer dans un thriller prenant du début à la fin qui est aussi un beau portrait de femmes et d’actrices. "
S.Kaganski
13 août 2008
Avis perso. :
Coeur retourné, esprit fortement ému lorsque l'on sait que cette histoire est basée sur un événement tragique qui a vraiment eu lieu.
Admiration revouvelée, sans faille, pour les deux actrices principales, qui jouent ici - comme à leur habitude - avec justesse et subtilité l'intensité d'une palette de sentiments ambigüs, troublants autant que dévastateurs.
A la sortie de la séance, le questionnement majeur du film résonne au fond de nos têtes : des liens du sang ou de la parenté affective construite au fil des années, quel est l'attachement le plus légitime ?!...
On pourrait, de prime abord, être tenté de répondre : le second, assurément ! Mais l'histoire propose tellement d'autres fils à démêler et à tresser pour prendre en compte les circonstances de ce fait si peu ordinaire, que finalement, la réponse semble bien difficile.
En bref :
L'Empreinte de l'ange est à mes yeux un très beau film sur la maternité comme besoin, comme désespoir, comme impulsivité, comme passion même, pouvant, dans des situations extrêmes et dramatiques, mener jusqu'à la déraison. Un film qui met ainsi en place un lieu où Amour maternel et folie se frôlent, s'entrelacent, tout en imposant à ceux qui en sont les témoins un certain silence, médusés qu'il nous laisse par ses tenants et ses aboutissants.
